Au sujet du film "Sacré-Cœur"

Au sujet du film "Sacré-Cœur"

Lundi, Novembre 10, 2025

J'ai vu le film "Sacré Cœur" et...


...il faut le dire, ce "docu-fiction" ne sera pas le film du siècle.

Mais les 350 000 entrées des cinq premières semaines ne s'expliquent pas seulement par le bouche-à-oreille paroissial, ou par la contre-publicité de la polémique médiatique (faite au nom de la laïcité et de la dénonciation de la "sphère Bolloré", groupe media d'influence qui a financé le film : Canal+, Cnews, Europe1...).

L'objet hybride déjoue les attentes : pas de catéchisme, pas de leçon de morale, une vision épurée de l'histoire (celle du Christ et celle d'une mystique du XVIIe siècle Marguerite Marie Alacoque). L'essentiel du film s'attache à des croyants actuels, sauf un, le peintre injustement méconnu Georges Desvallières (1861-1950), dont on peut voir quelques œuvres remarquables au Musée d'Orsay à Paris.Et c'est là que réside la force et l'intérêt du film qui peut toucher au-delà même des "cathos friendly". Le témoignage de ces dévots du XXIe siècle sont bouleversants quand ils racontent le changement de vie produit par la rencontre du "Cœur aimant de Jésus".

L'effet d'authenticité de ces paroles simples est paradoxalement renforcé par une écriture cinématographique assez scolaire, parfois racoleuse (miracles eucharistiques "prodigieux", foules de jeunes cathos en délire...), le tout baignant dans une lumière sirupeuse saint-sulpicienne qui pourrait en agacer plus d'un. A quoi il faut ajouter des interventions "cléricales", et quelques citations bibliques qui rythment le documentaire plus qu'elles ne l'éclairent.

Mais il suffit qu'un de ces témoins apparaisse et l'écran s'illumine d'une lumière inattendue, irradiante, qui touche au cœur, et peut émouvoir jusqu'aux larmes. Le couple de cinéastes, Sabrina et Steven Gunnel, savent d'autant plus capter les visages de ces vies qui se disent bouleversées par leur "rencontre du Christ", qu'eux-mêmes partagent cette " expérience". Steven, par exemple (qui a grandi à Cagnes-sur-Mer et a fait partie du boys band Alliage), a mené une vie de dérive, puis s'est converti.

Film prosélyte 2.0 ? Ce n'est pas l'impression qui s'en dégage, à moins qu'on appelle "prosélyte" l'affirmation forte, publique et heureuse d'une "foi" qui change la vie en mieux. En tous cas, le documentaire "catho" au budget minuscule a réussi à rassembler un nombre de spectateurs qu'auraient bien aimé avoir certaines des productions environnantes. Le succès en art n'est pas un gage de qualité, c'est vrai. Mais il témoigne d'une réussite : avoir réalisé une œuvre assez intense pour rejoindre un public. Et le fait en plus qu'elle fasse débat, devrait réjouir les amis de la démocratie.  

Bande annonce et présentation du film par les réalisateurs