Tel que paru dans le journal, avec l'article complet retranscrit. Merci à Alice Rousselot
Ce village du pays mentonnais est le théâtre d’un polar signé du prêtre dominicain Yves-Marie Lequin
On le connaît comme prêtre dominicain, philosophe, aumônier des artistes, spécialiste d’Aristote, poète, peintre, ou encore traducteur de textes anciens. Le voici désormais… auteur de polar ! Yves-Marie Lequin vient de publier aux éditions Baie des anges – auxquelles il est fidèle depuis huit ans – son premier livre de fiction. Mû par la volonté d’écrire avec des personnages.
L’homme d’Église Yves-Marie Lequin vient de publier aux éditions Baie des anges son premier ouvrage de fiction : Du Sang à Moulinet. Un polar très ancré dans le territoire, sur lequel il a travaillé durant un an.
« J’aime cette notion d’autonomie du personnage. C’est un excellent moyen de rejoindre les lecteurs, car les protagonistes deviennent comme leur famille. Au point qu’ils ont envie, quand ils ferment le livre, de les voir revenir », détaille-t-il. Conscient que dans son cas, il était indispensable d’avoir un bon détective. Un personnage structuré, complexe, mais attachant. Yves-Marie Lequin concède avoir beaucoup travaillé sur ce dernier. Jusqu’au choix du nom : Jugger Naut. Juggernaut désignant une force fatale, un rouleau compresseur, en anglais. Même si d’après son créateur, le surnom a plus d’importance encore. Justin. Comprendront ceux qui liront.
« Avant de me mettre à écrire, j’ai fait des recherches pendant un an. Un polar, c’est de l’horlogerie. Il faut des pièces assemblées, du réel. Il y a plusieurs strates : économique, politique, criminelle. Et si l’on suit cette métaphore, il faut que le lecteur, lui, ne voie pas le mécanisme. Juste l’heure. »
Un polar écrit par un catholique, aux yeux de certains, ne pouvait être qu’une version locale du Nom de la rose. Mais le prêtre préfère y voir un écho à Da Vinci Code, car la religion y est prise dans son ensemble. Pas uniquement sous le prisme chrétien.
« En vérité, s’il y avait un auteur à citer, ce serait James Ellroy. C’est mon maître du polar. Il a d’ailleurs été touché à titre personnel : sa mère a été assassinée. » Le réel, on l’aura compris, occupe une place importante pour Yves-Marie Lequin. Ainsi a-t-il lui même puisé dans du vrai pour bâtir son intrigue. En se plongeant notamment dans des dossiers de police – accessibles au public, à condition de savoir chercher.
« Je n’invente rien, je mets en scène. Y compris les décors, je les connais. C’est d’ailleurs la puissance du roman : par son entremise, on vit les choses, les lieux. On y va physiquement. »
Quant à la puissance du polar, d’après lui, elle tient dans les éléments critiques – voire politiques – qui s’y nichent. « Ce n’est pas quelque chose de lisse. À travers des personnages ou des lieux, on exprime des positions ou des avis. La Côte d’Azur, en l’occurrence, soigne sa vitrine. Moi, j’avais le souci de montrer l’arrière-boutique. Mes personnages sont confrontés à la réalité qu’il y a derrière. On révèle le côté poisseux. »
Pour se lancer dans cette aventure littéraire inédite, le Niçois avait naturellement besoin d’un point de départ. Il est apparu comme une évidence : tout commencerait de la chapelle Notre-Dame de la Ménour. Pour une raison pragmatique, d’abord : « Mon roman s’inscrit dans les polars niçois des éditions Baie des anges. Or, j’ai constaté que le Mentonnais était peu exploré. »
Et parce qu’Yves-Marie Lequin ne cache pas avoir été fasciné quand il a vu l’édifice pour la première fois. « J’aime le fait qu’elle ait un côté initiatique. La configuration des lieux implique de devoir s’éloigner de la chapelle pour y monter. On est comme désorienté. Avec, en plus, ce pont escalier qui flotte au-dessus de tout. » Le site se prête assurément au mystère. Dont acte. C’est là qu’un personnage découvrira une mare de sang. Mais pas de corps…
« Turini, Sospel, Moulinet, le plateau de l’Authion, c’est un territoire lourd d’histoire. Ce qui se déroule dans mon livre rejoue le passé. Dans une sorte de malédiction », complète-t-il. Ravi d’avoir même pu glisser une citation sur les eaux de la Bévéra. Ainsi qu’un conte parlant de Moulinet.
Alors que l’avenir du livre est incertain, Yves-Marie Lequin s’attache à un principe : le plaisir de la lecture. C’est pour cette raison que chaque chapitre s’offre un rebondissement. Et que des touches d’humour jalonnent le texte. « J’ai tenu à ne pas savoir qui était le coupable jusqu’aux 3/4 du livre. Le choix s’est fait au regard de la logique du texte… et après un débat intérieur », ajoute-t-il. Avertissant les lecteurs qui imagineraient avoir trouvé l’identité du criminel, qu’une énième péripétie pourrait bien les égarer…
« Autant j’ai pris du temps en amont, autant j’ai voulu écrire dans l’urgence. Parce qu’il y en a dans le polar ; du mouvement, du rythme », glisse l’auteur. Qui, pour ce faire, s’est enfermé pendant deux mois. Soucieux de répondre aux codes du genre – pas tant éloignés de sa vie. « Ce qui m’intéresse dans le polar en tant que catholique, c’est l’humanité. Il montre la réalité humaine dans sa complexité. Il n’y a pas des gentils ou des méchants. Mais des gens qui souffrent, qui ont envie d’être heureux, qui veulent vivre une vie digne », résume-t-il. Annonçant que le deuxième tome affirmera davantage cet aspect.
« J’ai déjà le premier chapitre dans la tête. Et c’est un grand soulagement, vu que le plus important... c’est le début ! »
Le synopsis
Du sang répandu dans une chapelle du haut pays, une enveloppe anonyme, une lettre signée d’un mystérieux 616… et une ville qui cache bien plus qu’elle ne montre. Quand le détective Jugger Naut (sur la demande expresse de l’évêque) débarque à Nice pour élucider cette énigmatique affaire, il ignore encore que chaque pas le rapproche d’un abîme bien plus profond. Son enquête le mène des hauteurs vertigineuses de la chapelle Notre-Dame de la Menour, aux ruelles du Vieux-Nice, d’un temple franc-maçon, à une prison sous tension, du col de Vence, au plateau de l’Authion, jusqu’aux coulisses d’un congrès international en pleine dérive. Une ombre s’y déploie : celle d’une organisation criminelle aux ramifications insoupçonnées.

